La Situation Tribale à Deir Ezzor : sa réalité et son avenir /  Deir Ezzor 24

 La Situation Tribale à Deir Ezzor:

sa réalité et son avenir.

Al Akidat et Al Baqara –

les plus importantes tribus de Deir Ezzor.

« Le principal pilier pour comprendre la situation tribale dans l’est de la Syrie dépend de la communication avec les membres compétents et influents des tribus, et non en répétant les mêmes erreurs traditionnelles qu’en Irak et dans d’autres pays. » 

Je cite: Omar Abu Layla CEO de DeirEzzor24

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Important:   La recherche ci-dessous a été menée par l’Organization de Développement Sam en coopération avec Deir Ezzor 24 Network et ses sources sur le terrain. La recherche s’est appuyée sur la communication avec plusieurs sources tribales spécialisées dans la région et des sources bien informées en généalogie et en histoire tribale, ce qui a contribué à la cristallisation de la première partie de la recherche sous sa forme finale, en sachant que d’autres  parties de la recherche, plus spécialisées sur la communauté tribale de la province de Deir Ezzor et sa composition, seront publiées prochainement.

Cette recherche est basée sur une tentative de comprendre la situation des tribus dans l’environnement tribal et la société du Deir Ezzor syrien qui était à l’avant-garde du conflit entre les différentes forces régionales, internationales et locales. On décrit également la réalité et l’avenir des tribus en cherchant à comprendre la situation tribale à Deir Ezzor. Ensuite, elle met en évidence la relation des tribus avec les différentes forces régionales, internationales et locales dont les chemins semblent se croiser à Deir Ezzor où d’autres événements du conflit syrien se rencontrent, car toutes les parties au conflit ont essayé de contrôler la région.

Les tribus, et la situation tribale, sont considérées par toutes les puissances comme une force « régressive » et les traitent avec pragmatisme sans vraiment chercher à comprendre la situation. Les prémisses théoriques sont écartées sans même faire l’effort d’aborder le sujet des tribus et mieux connaître la nature de la région qui pourrait devenir ainsi une éventuelle menace pour la situation des tribus et se transformer en un problème. Notre recherche se termine en tentant de fournir quelques suggestions et recommandations pour les puissances influentes sur place.

Contenu.

– Introduction.

– Définitions et Termes Formels.

– Deir Ezzor, un Récit Historique et Géographique.

– Le Tribalisme et la Structure Communautaire de Deir Ezzor.

– Les Tribus à Deir Ezzor avec une Carte de leur Répartition.

– Les Tribus à Deir Ezzor et leurs Relations avec les Forces Militaires.

– Les Tribus à Deir Ezzor contre la Propagation du Mouvement Chiite.

– L’Attraction des Puissances Internationales (Iran-Amérique -Russie) à Deir Ezzor.

– Le Tribalisme contre le Rapport de Forces et l’Avenir de la Question Tribale à Deir Ezzor.

– Conclusion Recommandations et Suggestions.

Vidéo: le réseau DE24 présente son étude: « La Situation Tribale à Deir Ezzor »

Introduction.

Le tribalisme, en tant que communauté, a toujours été présent à Deir Ezzor, et on peut difficilement  parler d’une société non tribale dans la région, car les tribus sont profondément enracinées dans la région depuis des centaines d’années. Au cours de l’histoire récente, les forces dominantes successives ont essayé de profiter de l’influence tribale à Deir Ezzor depuis la venue des Ottomans jusqu’aux français ; ensuite les gouvernements syriens successifs après l’indépendance ; le gouvernement du Parti Baas, en particulier après le coup d’Etat d’Assad Senior dans ce qu’il a appelé le «mouvement correctif» et enfin Assad Junior.

Les différentes forces ont compris l’importance des tribus et les ont traitées de manières différentes. Parfois elles ont cherché à les affaiblir pour empêcher les tribus de devenir des concurrents au pouvoir, et d’autres fois, elles ont choisi de leur donner certains avantages comme fermer les yeux sur leurs opérations de contrebande dans les zones frontalières ou également leur possession d’armes. Afin d’équilibrer cette équation, elles ont cherché aussi à inciter à l’inimitié parmi les tribus, parfois en accordant des avantages à une tribu et en les niant aux autres.

Le parti Baas a très bien compris cette situation et a essayé d’en profiter, en essayant de coordonner avec les anciens des tribus secondaires, parfois avec des membres de tribus mineures, en leur donnant au début des postes au sein du parti, en les nommant au parlement, ou en désignant certains d’entre eux à des postes administratifs de gouverneurs et d’officiers de sécurité. Ensuite, le parti a essayé de tendre la main aux figures tribales les plus importantes, à ceux qui avaient une influence sociale et tribale, où il faut noter qu’un parlement est rarement formé sans la présence des figures tribales les plus importantes.

Les différentes parties du conflit syrien ont également compris l’importance des tribus en commençant avec le régime syrien, et puis l’opposition syrienne soutenue par la Turquie, les Forces Démocratiques Syriennes, les puissances internationales et régionales comme l’Iran et la Russie et enfin la Coalition Internationale représentée par les Etats-Unis. Chacun de ces pouvoirs a donc tenté d’inciter les tribus à s’engager de ses côtés en raison de leur rôle et de leur influence sur la masse humaine, que ce soit en termes de stabilité ou pour faire pencher la balance dans ses zones d’influence.

Cette recherche tente d’expliquer la situation tribale à Deir Ezzor, les rapports des tribus avec les différentes forces dans la région, la composition de ces tribus, et finalement, des recommandations aux parties concernées, afin d’assurer les spécificités de ces tribus en tant que groupes humains distincts avec leur propre culture, leur propre langue et leur riche patrimoine qui exige un traitement logique de la part de ces différentes forces sur le terrain. D’ailleurs, ces tribus ne devraient pas être exploitées en tant qu’outil pour mettre en œuvre certains agendas, mais plutôt qu’elles soient traitées dans la logique de l’intérêt public et en maintenant leur spécificité et surtout qu’on évite de simplement prononcer des recommandations théoriques avec arrogance à leur égard.

Les faits historiques montrent l’incapacité de l’état moderne en tant que concept occidental d’établir un concept inclusif et une identité nationale globale en dehors des sociétés occidentales, car en Occident, il s’agissait de problèmes historiques ; alors qu’il s’agit ici d’une structure super institutionnelle dans l’impossibilité de fournir une expérience hybride qui conviendrait à une réalité sociale différente.

Cette recherche ne cherche pas à promouvoir la culture tribale. Elle se concentre simplement sur cette spécialité et met en garde contre son utilisation comme un outil, comme cela se produit depuis de longues décennies de l’histoire moderne. Elle propose un ensemble d’informations qui peut servir de références qui ne sont pas à utiliser comme un moyen.1

Les Définitions et Termes Formels:

Clan et Tribu:

Clan: Voici une définition du chercheur Abbas al-Azzawi dans laquelle il fait la différence entre les concepts de « clan » et de « tribu ». Selon lui, le « clan » se compose de plusieurs branches ou familles qui vivent ensemble et sont connus de tous. Des  fois les branches peuvent se ramifier en plusieurs branches secondaires et, avec le passage du temps et de la reproduction, leur nombre augmente au fil du temps et ce qu’on appelait une branche ou une famille se transforme en un « clan » qu’on appelle parfois tout simplement une « tribu ».

Tribu : Selon al-Azzawi, la communauté arabe est composée de plusieurs clans, mais lorsqu’ils gagnent en influence et en grand nombre de membres dans leur formation, alors on les appelle « tribus ». Mais parfois les gens peuvent facilement appeler le « clan » une « tribu », ce qui n’est pas différent du clan sauf par rapport au leadership en générale, où dans ce cas, les chefs des clans suivent le chef de la tribu.

On peut dire effectivement que la tribu est un clan étendu, car sa façon de diriger n’est pas différente du clan cependant le chef d’une tribu aura plus de pouvoir. En générale, dans ce cas, la responsabilité ne concerne que les affaires importantes où ils se soutiennent mutuellement. C’est la même chose en ce qui concerne le chef de la tribu, qui représente les leaders des clans lorsqu’il gère les affaires avec le gouvernement. 2

« Clan » et « tribu » dans cette recherche: En raison des points communs entre les concepts de clan et de tribu pour les non-spécialistes, et même pour les érudits dans des domaines qui ne sont pas de nature historique, les mots «clan» et «tribu» donnent la même signification, de sorte que le mot «tribu» sera utilisé officiellement dans cette recherche pour indiquer ce système social.

Le Tribalisme: est une mentalité ou une tendance politique qui cherche à transformer la tribu en une sorte de parti politique face aux autres tribus, en l’évoquant dans toutes les relations sociales et politiques.  Avec cette mentalité ou cette transformation, le tribalisme devient une forme d’idéologie qui est évoqué à tout moment comme la formation des gouvernements, des parlements, des municipalités, des syndicats et le pouvoir judiciaire, ainsi que dans les emplois publics civils et militaires, et peut-être dans les investissements et les entreprises du secteur privé, tout comme d’autres idéologies, telles que le nationalisme, le communisme et l’islamisme.3

Les Tribus de Deir Ezzor: constituent la structure sociale de la province de Deir Ezzor et de sa campagne. Cepedant les tribus de Deir Ezzor transcendent la géographie et s’étendent jusqu’à en Irak. Certaines d’entre elles ont des relations avec des tribus dans les pays du Golfe Arabique et d’autres provinces syriens comme Raqqa et Hasaka. Les tribus les plus importantes de Deir Ezzor sont : Al-Akidat et al-Baqara parmi d’autres tribus. Cette recherche portera principalement  sur ces deux tribus.

Chiisme : Il faut noter que le mot « chiite » n’indique pas nécessairement une signification positive ou négative. Cela signifie seulement adhérer à une croyance.4

«Alors que« Propager le Chiisme » se réfère formellement au mouvement qui cherche à répandre la foi chiite dans de nouveaux endroits, où les chiites n’ont aucune présence auparavant.

Deir Ezzor: Historical and Geographical Narrative.

La province de Deir Ezzor est située dans l’est de la Syrie à la frontière avec l’Irak à environ 450 kilomètres au nord-est de la capitale Damas. La rivière Euphrate traverse la province avec la ville de Deir Ezzor au centre. La province couvre une superficie de plus de 33.000 kilomètres carrés. C’est la deuxième plus grande province de Syrie en termes de superficie, après la province de Homs.

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La plupart de ses habitants sont arabes et la province est reliée à d’autres villes et provinces par un réseau de lignes de chemin de fer en plus d’un aéroport local. Il y a aussi l’Université d’al-Furat. Les habitants de Deir Ezzor travaillent dans l’agriculture et le commerce, en raison de l’emplacement de la province sur l’Euphrate et elle se trouve aussi sur une route commerciale. La province a un climat continental sec et désertique avec de faibles précipitations annuelles, des températures basses en hiver et élevées en été, qui sont d’une certaine façon tempérées par l’Euphrate.

Deir Ezzor conserve encore ses anciens marchés traditionnels couverts avec des toits en pierre, tels que: le marché céréalier, al-Hal, le marché des marchands, le marché des forges, le marché des cuivres, le marché de la bijouterie …

Historiquement, la région a été gouvernée successivement par les Babyloniens, les Assyriens, les Chaldéens, les Perses, les Macédoniens, les Romains, et les Arabes. La région est devenue un centre administratif sous l’administration Ottomane en 1867 jusqu’à ce que les Ottomans se retirent en 1918. En 1919, elle était soumise à l’occupation britannique, mais était libérée la même année suite à une révolution populaire. Elle était alors occupée par la France en 1921 mais le peuple s’ést révolté de nouveau pour libérer la région du régime colonial français. Enfin, le peuple de Deir Ezzor a participé à la révolution contre le régime de Bachar al-Assad, où les manifestations ont commencé dans la ville de Deir Ezzor le 15 avril 2011, contre le régime.

Deir Ezzor est connu pour ses grands champs pétrolifères tels qu’Al-Tanak, al-Omar et Al-Ward, en plus de la raffinerie de gaz de Conoco, dont la plupart étaient gérés par Daech, qui avaient pris leur contrôle après des combats avec l’opposition syrienne. 7

La population de la province de Deir Ezzor est d’environ 1 239 000 personnes selon le recensement réalisé en 2011 par le Bureau Central du Recensement, dont 545 000 vivent dans la ville de Deir Ezzor qui arrive à la sixième place parmi les provinces syriennes en termes de population après Alep, Damas et sa campagne, Homs et Hama selon le même recensement.

Selon le recensement de 2011, le pourcentage de la population masculine a atteint 51 %. Le taux de croissance démographique dans la province est estimé à 32,4 pour 1 000 entre 2000 et 2010, ce qui est un taux très élevé, par rapport à d’autres provinces et régions syriennes.

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La province est divisée en trois zones : Deir Ezzor,Al-Mayadeen, et Al-Bukamal, et ces régions sont divisées en plusieurs villes, y compris Deir Ezzor , « le centre de la province », Al-Mayadeen, Al-Quriyah, Al-Bukamal, Hajin, avec 11 districts et 128 villages.6

Tribalisme et la Structure Communautaire à Deir Ezzor.

Bien qu’on considère la Syrie comme un état moderne depuis quelques décennies, depuis son indépendance et la fin du mandat français dont on observe encore des effets à Deir Ezzor avec  son pont suspendu, avec son adoption – quoique officiellement – d’un système républicain de nature socialiste laïque, elle a préservé néanmoins ses structures sociales traditionnelles, en particulier la structure tribale dans les communautés de Deir Ezzor, Raqqa et d’autres régions.

En tant que structure communautaire cohérente et solide, le tribalisme a traversé divers changements qui ont frappé la région, en particulier après la Seconde Guerre Mondiale quand de nouvelles entités politiques étaient déterminées par rapport à la répartition géographique des tribus suite à leur division en de nombreuses régions, ce qui a influencé la structure tribale. Cependant, cette structure ne s’est pas effondrée et est restée inchangée.

Bien que la nature des relations entre les autorités politiques et les tribus demeurent instables, les partis politiques par exemple ceux qui se décrivent comme des partis « progressistes » comme le Parti Communiste, et les partis nationalistes comme le Parti Baas, qui a déclaré son hostilité et son mépris des structures sociétales et qu’il a décrit dans sa littérature comme des forces « réactionnaires », ont rencontré des difficultés pour pénétrer la structure tribale. De plus, depuis le coup d’État de 1963, le Parti Baas au pouvoir en Syrie a déclaré que « l’identité nationale comme la seule identité dans les pays arabes … et a lutté contre toutes les autres affiliations sectaires, religieuses et tribales. 9»

Le chercheur Abdullah Hanna a décrit comment Jalal al-Sayyed, fondateur du parti Baas et membre de la tribu al-Khurshan à Deir Ezzor, « est entré en politique par le biais du Parti Baas arabe contre le tribalisme à Deir Ezzor » et il a expliqué comment al-Sayyed a pu obtenir le soutien du chef de la tribu al-Khurshan, bien qu’il ne soit pas l’un des anciens de la tribu. Il a réussi à gagner aux élections législatives en 1949 en tant que député au nom d’al-Khurshan, devenant le premier membre baasiste au parlement, mais Hanna a ajouté : « Ainsi, la structure actualisée du parti Baas à Deir Ezzor a été influencée par la situation tribale…  ce qui explique comment la structure tribale a commencé à se chevaucher avec la structure moderne du parti. 10»

En raison de la situation tribale à Deir Ezzor, les partis politiques ont tenté de les pénétrer pour placer des partisans au sein de ces vastes communautés humaines avec leur influence sur de vastes zones géographiques, mais c’était l’inverse qui s’était passé. Afin que les partis politiques réussissent à pénétrer dans ces structures tribales et gagnent leur soutien, il a fallu maintenir les loyautés tribales et leurs relations sans les critiquer de manière importante et radicale, exactement comme le Parti Baas au pouvoir a fait avec les outils nécessaires pour faire pression sur eux. Grâce à ces politiques, les affiliations tribales se sont poursuivies même si leur forme a changé parmi les membres des tribus eux-mêmes, où les «groupes politiques, quel que soit leurs opinions politiques, sont souvent formés par les canaux sociaux traditionnels, et le dernier facteur en particulier a été en grande partie responsable de la persistance des affiliations sectaires, régionales et tribales. 11 »

Les Tribus de Deir Ezzor et leur Répartition.

La Tribu Al-Akidat. ¹²

La tribu d’Al-Akidat est la plus grande tribu de Deir Ezzor. Elle est composée de plusieurs grandes tribus et sous-tribus, notamment Al-Bujamal, Al-Bujamel, Al-Shaitat, ainsi que al-Bakkir, Shuwait, Baqir, Bukhabour, Qaraan, Buhasan, Burahma, Al-Damim, Al-Hassoun, al-Bumreih and Mashahida. Al-Mashahidai est l’une des tribus avec une alliance avec Al-Akidat, mais qui reste une tribu indépendante.

Ils vivent dans la campagne orientale de Deir Ezzor sur les deux côtés de la Rivière Euphrate, Shamiyah et Jazeera, à l’ouest et à l’est de la rivière Euphrates, jusqu’à la ville d’Al-Bukamal, et dans la campagne nord de Deir Ezzor depuis la ville d’Al-Bussairah au sud de la région jusqu’à Al-Suwar dans le nord.

La  profondeur tribale d’Al-Akidat s’étend jusqu’ aux campagnes de Homs, Damas et Alep, ainsi jusqu’à l’Irak et d’autres pays arabes. Au début du XXe siècle, ils étaient semi-nomades, mais maintenant ils se sont établis dans la région même si certains continuent de se déplacer  de façon saisonnière.

Quant au nom de la tribu, certains disent que leur arrière-grand-père, a grandi à Najd dans la ville d’Okda à Ha’ilin dans la péninsule arabique, tandis que d’autres racontent qu’ils ont reçu ce nom qui veut dire « Akkad okdah » (a pris une décision) d’unir les tribus avec une seule voix, comme le disent les Bédouins, où chaque tribu a un cri pour s’unir et apporter son soutien, alors que ce cri est le nom d’une femme de la tribu, afin qu’ils puissent  s’appeler «Frères de Hadla», «Frères de Jawza» et d’autres cris, que chaque tribu utilise pour unir ses membres contre tout envahisseur, ou l’utilise pour annoncer la guerre et le combat.

Les tribus d’autres régions notamment la tribu al-Bukhabour dont les membres vivent pour la plupart à l’ouest de l’Euphrate -Al-Shamiyah – ont contribué à la lutte contre les forces coloniales françaises. La tribu Al-Bukhabour est composée de Bou Meit, Bou Omar et Bou Hulihil et ces branches vivent dans plusieurs villages voisins à l’ouest de l’Euphrate, comme la ville de Muhassan, la ville d’Al-Buamir et Al-Mureiyah. La tribu Al-Bukhabour a une histoire bien connue de résistance contre les forces coloniales françaises, et l’incident le plus important à mentionner était l’incendie d’avions français à l’aéroport militaire de Deir Ezzor au début du XXe siècle.

Al-Bukhabour est très présent dans la révolution syrienne depuis 2011, où ils étaient présents dans la plupart des zones géographiques de Deir Ezzor, en particulier dans le centre-ville de Deir Ezzor avec une forte participation au mouvement pacifique depuis le début. Par la suite, des dizaines d’entre eux étaient tués dans les batailles contre le régime d’Assad dans la ville de Deir Ezzor, notamment à la bataille d’Al-Russafa, dans laquelle les combattants d’élite de la ville de Muhassan et de ses villages ont été martyrisés.

Al-Bakkir (al-Anabiza) de la tribu d’Al-Akidat a contribué à la lutte contre les forces coloniales françaises. Les membres d’Al-Bujamel, d’Al-Akidat, dans la campagne du nord, comptent environ 600 000 personnes selon un recensement tribal informel et approximatif. La tribu d’Al-Akidat a participé aux premières manifestations pacifiques de la révolution contre le régime d’Assad avec ses jeunes hommes. Ensuite, ils ont participé à la création de «l’Armée Libre», et leur première brigade s’appelait «Jaafar al-Tayyar». Les jeunes hommes de la tribu n’ont pas rejoint Daech, selon des témoignages de chercheurs sur le terrain à part une centaine d’hommes armés qui ont rejoint  le groupe militant extrême. Plutôt, plus de quatre-vingt pour cent d’entre eux étaient engagés dans les batailles dans la lutte contre Daech après la prise de contrôle de la campagne du nord par les Forces Démocratiques Syriennes avec la Coalition Internationale.

La tribu Al-Shaitat compte environ 150 000 membres dans leurs trois villes principales d’Abu Hamam, Granij et Al-Kashkiyah selon un recensement non officiel. Plus de 1500 membres de cette tribu ont rejoint les FDS jusqu’à la libération de leurs zones de Daech. La plupart d’entre eux ont quitté les rangs de « FDS » après la fin des combats sauf environ 500 combattants qui sont restés avec les FDS.

Une autre recherche s’intitule « Deir Azzour Tribal Mapping Project », une recherche publiée en anglais par Nicholas A. Heras, Bassam Barbandi, Nidal Bitar et traduite par Marwan Zakaria, au Harmoon Center pour les Etudes  Contemporaines .

La Tribu d’Al-Bakara¹³

La tribu d’Al-Bakara est l’une des plus grandes tribus de Syrie et la deuxième plus grande de Deir Ezzor. Elle se compose d’un groupe de tribus avec une profondeur tribale en Irak et en Jordanie aussi. Elle compte environ 700 000 à 800 000 membres selon un recensement tribal non officiel, dont plus de 450 000 vivent dans la campagne occidentale. Cheikh Hajim al-Bashir est le cheikh de la tribu dans la campagne occidentale est et certains de ces anciens sont :

Najm al-Salman, Khalaf al-Asaad, Mohammed Abdullah al-Jeilat et Oweyed.

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Répartition des tribus dans la province de DeirEzzor.

Les tribus suivantes appartiennent à la tribu Bakara :

Al-Abed, Al-Obaid, Dhana Sultan, Maaraa, Bou Shalhoom, Ma’rrah, Al-Busultan, Obeidat, Al-Mashahoor, Al-Jalamiya, Bou Musaab, Bou Ma’ayesh, Eliyan, Hamad Obeid , Bou Arab, Bou Bardan.

Ils vivent dans la campagne occidentale de Deir Ezzor – Jazeera – depuis la ville de Deir Ezzor jusqu’à la région d’Al-Kasrah et dans la campagne orientale de Deir Ezzor, depuis la ville de Deir Ezzor jusqu’à la ville de Khsham.

Dans la région d’Al-Kasrah dans campagne ouest de Deir Campagne d’Ezzor, on les trouve dans les villages suivants:

Zughir Jazeera, Al-Ali, Safira, Jazrat Al-Buhamid, Hawayej Dhiab, Hawayej Al-Bumasaa, Asawa, Al-Husseiniyah, Muheimidah. On les trouve dans la campagne orientale de Deir Ezzor dans les villages de : Jedid Bakara, Marrat, Mazloum, Tabiya et Al-Dahla.

Comme d’autres tribus en Syrie, Al-Bakara a participé à la lutte contre les forces coloniales françaises pendant leur mandat en Syrie. Les membres de cette tribu ont également participé à des manifestations pacifiques depuis le début de la révolution syrienne en 2011, notamment dans les régions d’Al-Kasrah, Al-Hissan, Muheimidah et al-Kuber, en plus de leur participation dans l’Armée de l’Opposition. Parmi leurs bataillons dans «l’Armée Libre», on trouve  des Martyrs Badr, Ahrar al-Bakara et al-Haq, qui ont participé au contrôle des zones rurales de l’ouest de Deir Ezzor – Jazeera – sous la direction de leur ancien cheikh Nawaf Ragheb al- Bashir.

Lorsque la région était sous le contrôle de Daech, très peu des membres des tribus ont rejoint le groupe extremiste. Certaines personnalités tribales parlent de pas plus de 200 hommes armés en soulignant, par contre, l’implication de près de 7000 combattants dans la lutte contre Daech avec les Forces Démocratiques Syriennes avec le soutien de la Coalition Internationale.

D’autres tribus qui vivent à Deir Ezzor sont:

  • la tribu Al-Busaraya dont les membres vivent dans les villages d’Aiyash, Al-Bughayliya, Al-Kharitah, Al-Shumeitiyah, Al-Masrab, Al-Anba, Al-Buweitiyah et al-Tarif dans la campagne ouest de Deir Ezzor ; dans la ville de Buqruss dans la campagne est de Deir Ezzor ; et dans le village d’Al-Shoula dans la campagne sud-ouest de Deir Ezzor.
  • la tribu Al-Bukhabour: dont les membres : d’al-Buhalil vivent dans la ville de Muhassan ; d’al-Bumeyait dans le village d’Al-Mureiyah ; et al-Buamir dans le village d’Al-Abd.
  • la tribu Al-Buleil: dont les membres vivent dans les villages d’al-Toub et d’al-Kataa.

Tribus de Deir Ezzor et leurs Relations avec les Forces Militaires.

Formations et factions de: l’Armée Libre; Daech; du régime d’Assad et des Forces Démocratiques Syriennes.

Les Formations et Factions de « l’Armée Libre »
14

Depuis le début des manifestations, les membres des tribus de Deir Ezzor ont participé au mouvement pacifique contre la sécurité et la politique du régime d’Assad, et ensuite quand les protestations commençaient à s’armer, ils ont contribué à la création de «l’Armée Libre» et ont joué un rôle important dans le contrôle de vastes zones de Deir Ezzor

Les membres des tribus gardaient souvent leur spécialité dans ces formations, où la plupart ont participé aux combats dans leurs régions pour se débarrasser  des forces militaires d’Assad. En même temps, ils cherchaient à sécuriser leurs lieux de résidence et de procurer des revenus du pétrole et du gaz en acquérant le contrôle des puits dans les environs pour pouvoir en  bénéficier économiquement et ainsi soutenir et renforcer leurs tribus.

Les formations et les factions de «l’Armée Libre» ont participé à de nombreuses batailles contre le régime d’Assad. On trouve certaines de ces formations ici:

La Brigade d’Al-Qadisiyah, qui était formée dans la ville d’Al-Bussairah par Ibrahim Al-Attiyah, alias Abu Bakr, de la tribu Al-Bakir, qui a participé à de nombreuses batailles dans la campagne et la ville de Deir Ezzor.

La Brigade d’Al-Ahwaz, qui était créée par Fahed Al-Abdullah, qui était tué lors de la bataille d’Al-Halabiyah. Ismail Al-Abdullah lui a succédé au commandement de la brigade mais il était tué à son tour par un engin explosif posé dans sa voiture par Daech le 16 janvier 2019. Cette brigade a été la première à combattre Daech dans le village de Breiha.

L’Euphrate Occidental, connu sous le nom d’Al-Shamiyah, a joué un rôle important dans la lutte contre le régime d’Assad, dans les zones entre al-Bukamal et la périphérie de Deir Ezzor, où de nombreux bataillons et brigades de l’Armée Libre étaient formés, dont la plus importante, comme nous l’avons mentionné, était la brigade d’Allahu Akbar à Al-Bukamal, tandis que la brigade Jaafar al-Tayyar avait une forte présence à Sbikhan. Basha’er al-Nasser était formé à Al-Ishara avec des membres de la tribu de la région. D’autres brigades et bataillons étaient également formés à Al-Quriyah, Mahkan, Al-Mayadeen et dans la plupart des villes et villages de la campagne est d’al Shamiyah de Deir Ezzor.

L’Armée Militaire de Hattin était formée par le colonel Mohammed al-Affish de la tribu d’al-Shalahma.

Le bataillon d’Amr Ibn Maied Yakrob al-Zubeidi était formé par la tribu d’al-Kaliyeen, Yusuf Jarallah et a participé à la prise de contrôle de nombreuses zones du régime d’Assad.

Les Brigades de Bilal al-Habshi étaient formées par Fahad al-Assman avec la participation du Major Ahmed al-Kalash, qui a formé les Brigades de Maawiya. Il est devenu plus tard le porte-parole officiel de la Brigade d’al-Qadisiyah.

La Brigade d’Al-Qadisiyah, la Brigade d’al-Ahwaz et l’Armée de Zilzal Al-Bakir étaient formées plus tard pour attirer des membres d’al-Bakir à Hariza, al-Tawamiya et les villages de la ligne ouest d’Al-Suwar.

Les Brigades Al-Siddiq étaient formées par Yousef al-Dahla, connu sous le nom d’Abu Al-Siddiq. Elles ont participé à des batailles contre les forces d’Assad, « les Batailles des Usines, le Checkpoint de 7 km et la Sécurité Politique ».

Les Bataillons de Maawiya étaient formés par le Lieutenant Nimr Abu Khedher et ont participé à ce qui était connu sous le nom de «La Bataille pour la Libération de l’Institut de l’Industrie à Deir Ezzor» contre le régime syrien. Ils ont également participé à la lutte contre Daech, qui a tué le Lieutenant Nimr après l’avoir arrêté. On peut également mentionner les Bataillons d’Al-Qassas.

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La carte montre le plus grand déploiement de l’Armée Libre dans la province de Deir Ezzor


Des jeunes de la tribu d’Al-Shaitat et d’Al-Shahil ont créé la Brigade Jaafar al-Tayyar, les premières brigades formées dans « l’Armée Libre ». Ils ont également formé la Brigade Ibn al-Qayem, en plus de plusieurs autres brigades, à savoir la Brigade al-Umma, le Bataillon al-Hamza, le Bataillon des Rebelles d’Al-Shaitat, le Bataillon Ahfad Aiysha, le Bataillon du Martyr Ahmed al-Zakir, l’Armée al-Eisrah, et le Front al-Jihad wa al-Binaa. De plus, ils ont aidé à former la 3e Division d’Infanterie. A cette période, le nombre de combattants était estimé alors à 3 500.

La tribu Al-Bakara a également participé à la formation des bataillons dans l’Armée Libre, tels que le Bataillon des Martyrs de Badr, Ahrar al-Bakara et les Soldats d’Al-Haq, qui sont devenus plus tard des brigades militaires dans l’Armée Libre. Depuis le début de leur formation, ces factions ont mené des batailles contre le régime d’Assad, et ont pris le contrôle du Centre Pétrolier Dero, de plusieurs postes de police dans la campagne occidentale et du centre de la région d’Al-Kasrah. Ils ont également participé à la prise de contrôle de la 113e Brigade et ont attaqué la base de roquettes à Al-Kuber, et plusieurs points de contrôle tels que le rond-point d’Al-Halabiyah et les points de contrôle des usines. On a estimé le nombre de combattants dans chaque formation militaire à 150 à 200 combattants.

Daech.

L’entrée de Daech dans les zones tribales a eu un impact majeur sur les rapports de force car l’Organisation voulait tout dominer : tout y compris les sources de richesse, les centres administratifs et militaires, ce qui a eu des effets sur le terrain. Les tribus avaient pris le contrôle des sources de richesses qui leur permettaient de vivre une vie décente. C’était des sources de pétrole que le régime d’Assad contrôlait auparavant  tout seul alors que les habitants dans ces zones tribales vivaient dans la pauvreté.

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Les zones occupées par Daech avant leur libération.

Militairement, les tribus étaient divisées en bataillons, dont certains étaient affiliés à l’Armée Libre, d’autres avec l’armée d’Assad, et moins nombreux avec Daech. D’après des membres des tribus, la raison la plus importante pour expliquer l’échec de l’Organisation et d’autres organisations djihadistes dans leurs tentatives d’attirer les tribus de leurs côtés était leur marginalisation des tribus et leurs tentatives de les dominer et démanteler leur structure, ce qui était inacceptable pour les membres des tribus à cause de leurs fierté de leurs liens de sang, qu’ils considèrent comme le principal facteur qui maintient la stabilité de leurs communautés locales.15

Alors que d’autres croient que Daech, en raison de son expérience en Irak et de la présence de certains membres des tribus dans ses rangs, était le mieux à même à lire la carte des factions militaires et de la réalité tribale fragmentée à l’est. De plus, c’était l’organization qui utilisait l’argent le plus pour bâtir des alliances tribales militaires secrètes et ouvertes .16

A noter que d’après des membres de la tribu d’Al-Shaitat, par exemple, seulement une centaine de personnes de la tribu ont rejoint Daech, et comme on sait qu’Al-Shaitat compte environ 150 000 personnes selon un recensement tribal, on peut déduire que ce nombre représente moins d’un pour cent.

Les Forces Démocratiques Syriennes « FDS »

Lorsque les Forces Démocratiques Syriennes ont annoncé le lancement de la campagne « Al-Jazeera Storm » le 10 septembre 2018 avec le soutien de la Coalition Internationale, de nombreuses forces tribales, atteignant plus de quatre-vingt pour cent, ont rejoint les FDS. Les tribus ont joué un rôle important dans la libération de la ligne d’al-Jazeera de Daech où près de 1 500 combattants d’Al-Shaitat ont participé aux batailles contre l’Organisation. Parmi des chefs les plus éminents on trouve Mohammed al-Jabr «Abu Jabr al-Shaiti», Abu Hadesha, alias Khabet al-Shaiti, et Abu al-Harith al-Shaiti. Un grand nombre des membres de la tribu al-Bakara sont toujours au service des FDS. En effet, jusqu’à 7 000 combattants des tribus ont combattu à côté des FDS.

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Après avoir vaincu Daech dans son dernier bastion à al-Baghuz en mars 2019, les FDS ont pris le contrôle de vastes zones de la province de Deir Ezzor, à l’est de l’Euphrate, qui divise Deir Ezzor en deux parties, la partie orientale, qui est sous leur contrôle et la partie occidentale sous le contrôle du régime syrien, en plus des villes d’Al-Bukamal et d’Al-Mayadeen. Les FDS reconnaissent lors de leurs réunions privées qu’il est très difficile de contrôler Deir Ezzor, qui compte 18 000 combattants à Kasrah, Hajin, Al-Suwar et Shaddadi, pour la plupart des Arabes .17

Les FDS essayent de travailler avec les différentes forces tribales, mais le fait de comprendre la carte tribale et la gérer semble plus difficile dans la pratique, d’autant plus que tous les chefs de tribu ne sont pas présents dans les zones libérées de Daech. Certains chefs sont en Turquie et d’autres dans les zones contrôlées par le régime d’Assad. De plus, il semble que l’Administration Autonome a choisi de travailler avec les anciens de la tribu, au lieu de travailler en coordination avec les gens instruits et professionnels.18

Les Tribus de Deir Ezzor et le Chiisme

Deir Ezzor et ses campagnes sont principalement habitées par des Arabes qui appartiennent à la secte sunnite modérée. Quant à la propagation du chiisme, ce n’est pas un mouvement complètement nouveau car en 1982, Jamil Al-Assad a créé l’association « al-Murtaza » et il a invité les Cheikhs des tribus syriennes au siège de l’association dans la ville de Qardaha. Il leur a demandé de coopérer dans ses activités missionnaires. Yasin Ma’youf a été nommé chef de la branche de l’association dans le village de Hatlah dont la population est estimée à 30 000 et où 10% de ses habitants ont embrassé la foi chiite. L’association a été fermée au milieu des années 1980 sur l’ordre de Hafez al-Assad.19

Dans la ville de Deir Ezzor et d’Hatlah et les villages voisins, au moins six Husseiniyas  (une salle de congrégation pour les cérémonies  chiites) ont récemment été construits. Il existe également de nombreux Husseiniyas dans les villages environnants. Les terres sur lesquelles les Husseiniyas ont été construites sont achetées avec des sommes importantes d’argent pour inciter les propriétaires fonciers à vendre leurs terres.

Selon le professeur Dr Al-Sindawi, la zone la plus importante qui s’est convertie à la foi chiite est la ville de Hatlah, près de la ville de Deir Ezzor, dont les habitants appartiennent à la tribu d’Al-Bubadran, qui est liée par alliance avec la tribu d’Al-Bakara comme ce sont des cousins. Al-Bubadran prétend que leur arrière-grand-père est Muhammad al-Baqir, de la famille du Messager Muhammad, que la paix soit sur lui, ce qui a facilité la mission chiite là-bas.19

Les forces d’Assad soutenues par l’Iran et la Russie, qui contrôlent les zones occidentales de l’Euphrate, jouent un rôle très important car elles facilitent la mission iranienne qui cherche à établir un contrôle idéologique et un soutien public dans ces zones, en l’aidant à étendre son influence sur la route terrestre de Téhéran en passant par l’Irak et la Syrie jusqu’au Liban. Comme l’Iran s’est déjà trouvé confronté à des obstacles géopolitiques à ce projet, le moyen le plus sûr était de recourir à un plan d’exportation du chiisme, en particulier dans les zones où ils avaient déjà travaillé sur ce plan. C’est une tâche possible mais difficile, car les tribus sunnites, connues pour avoir adopté un Islam modéré, n’accepteraient pas l’idée d’embrasser la foi chiite.

Les migrants de retour des pays du Golfe, en particulier ceux de retour d’Arabie Saoudite, ont joué un rôle dans la lutte contre le chiisme et le durcissement de la position tribale et sociétale en essayant de répandre l’idéologie salafiste à la place. Mais la position complaisante du régime d’Assad envers le chiisme et son refus de l’idéologie salafiste a ébranlé les efforts de propagation de l’idéologie salafiste. En même temps, le mouvement chiite ne pouvait pas réussir en raison de la difficulté à infiltrer les tribus et de  changer leurs convictions.

La Polarisation des Forces Internationales à Deir Ezzor

Iran-Amérique-Russie

La guerre récente contre Daech à Deir Ezzor, dans laquelle de nombreuses forces étaient impliquées, en plus de la récente campagne militaire « L’Orage d’al-Jazeera », lancée par les FDS avec le soutien direct et intensif de la Coalition Internationale, en particulier des États-Unis, a attiré de nombreuses forces internationales à Deir Ezzor, principalement les États-Unis et la Coalition Internationale à l’est de l’Euphrate, et la Russie et l’Iran qui soutenaient les forces d’Assad à l’ouest de l’Euphrate.

La visite du Major-Général Qassem Soleimani, commandant de la force d’Al-Quds, à la ville d’Al-Bukamal, a marqué un tournant dans le conflit américano-iranien à Deir Ezzor, où l’Iran a récemment étendu ses activités à des régions à l’est de l’Euphrate. L’Iran cherche à attirer les jeunes gens dans ces régions et  diviser les rangs des tribus arabes des deux côtés de l’Euphrate dans le but d’empêcher les tribus arabes de s’aligner avec l’alliance américano-kurde dans la région. Cependant, certains statistiques indiquent que il y a environ 2 000 combattants qui appartiennent principalement à la Brigade Fatimiyeon et à la Brigade Al-Baqir, dirigée par la figure tribale de Nawaf Ragheb Al-Bashir .²¹

Il semble que les Etats-Unis ont l’intention de garder leurs forces en Syrie, en particulier à Deir Ezzor, pour deux raisons principales : en premier pour arrêter l’expansion iranienne et couper ses routes terrestres qui relient Téhéran à Beyrouth, où l’assassinat du Major-Général Qassem Soleimani faisait peut-être  partie de ce projet, entre autres objectifs ; et aussi de garantir une ressource économique à ses alliés, les FDS, et acquérir  du pétrole pour financer les opérations militaires contre Daech.

Les changements sur la carte des puissances dans la région à la fin de 2019, y compris les accords turco américains et turco russes, ont joué un rôle dans le changement des rapports de force. Le plus important était le déploiement des russes dans des zones où ils n’avaient pas de présence auparavant, comme certaines régions du nord et l’est de la Syrie et leur entrée dans des bases évacuées par les forces américaines après la décision du président Trump de retirer ses troupes de Syrie.

Les forces russes ont également établi de nouveaux quartiers généraux au niveau du carrefour des villes d’Al-Bukamal, Deir Ezzor et Al-Mayadeen, pour contrôler les mouvements d’entrée et de sortie des villes d’al-Mayadeen et de Deir Ezzor, tandis que les forces iraniennes ont capturé d’autres quartiers généraux et quelques fermes sur la rive de l’Euphrate entre al-Baloam et Nazlat al-Mashroua.
Bien qu’il y ait un consensus silencieux et des accords non déclarés entre les forces russes et américaines sur les zones d’influence, l’expansion iranienne n’est pas la bienvenue, ce qui paraît clair à travers les bombardements israéliens répétés et précis sur les positions iraniennes dans leurs zones de concentration.

Tribalisme contre les Rapports de Force et l’Avenir de la Question Tribale à Deir Ezzor.

La situation tribale est profondément enracinée dans la société de Deir Ezzor. Au cas où elle serait affectée par quelque chose, ce serait uniquement au niveau de la superstructure, où les forces influentes sont des forces militaires qui auront plus de pouvoir que les sociétés impuissantes, qui paraissent incapable d’entreprendre des actions ou des mesures pour protéger leurs intérêts stratégiques. Cependant, il est très difficile pour ces forces de pénétrer l’infrastructure tribale.

Les tribus de Deir Ezzor essaient de travailler selon la logique des intérêts de leurs tribus, mais les polarisations locales comme le régime d’Assad, les FDS et les pouvoirs régionaux et internationaux comme les Etats-Unis, la Coalition Internationale, la Russie et l’Iran les empêchent de jouer leur rôle comme ils le souhaitent.

Il est certain cependant que toutes les forces qui contrôlent ou ont de l’influence à Deir Ezzor n’arriveront pas à marginaliser les tribus car elles constituent l’infrastructure de base de la société dans la région. Des forces comme l’Iran ont tenté de pénétrer la société tribale en répandant le chiisme et le régime d’Assad a cherché à gagner la loyauté tribale en soutenant certains anciens des tribus et en les attirant avec de l’argent. Les FDS  ont essayé de leur côté de s’entendre avec les tribus comme si la situation était une réalité mais sans être vraiment convaincu par la structure tribale qu’elles considèrent comme une structure réactionnaire.

L’expérience irakienne est claire pour tous par rapport au rôle joué par les tribus, positivement ou négativement, ce qui est une question relative et dépend de l’évaluation de l’expérience sous de nombreux angles, en particulier le dossier des armes des tribus. Comme les événements sont toujours en cours, on peut dire que les tribus auront un rôle majeur à jouer, que ce soit dans le maintien de la stabilité ou pour alimenter les conflits contre toute autre puissance, surtout avec les gains qu’elles ont réalisés.

Pour n’importe quel pouvoir qui cherche à contrôler Deir Ezzor, le maintien de la stabilité est l’un des principaux facteurs pour réussir mais elle ne sera pas acquise sans accorder aux tribus une plus grande liberté de se déplacer et la possibilité d’exercer une véritable autorité locale. Les forces dominantes le savent et sont obligées d’en tenir compte.

Parmi les questions les plus importantes auxquelles Deir Ezzor est confronté et qui empêchent tout progrès, on trouve la question de la stabilité, de l’équilibre économique et de la reconstruction de la région. Ce sont des questions difficiles car la région est contrôlée par diverses forces avec des agendas différents, de sorte que les tribus, en particulier les cercles dominants, doivent travailler dans ce terrain miné pour assurer leur propre survie.

Concernant la question tribale, il faut noter que la situation sociétale n’est pas différente de la situation civile, mais plutôt une question de la structure en générale et une description de la réalité formelle. Il suffit d’observer le mouvement culturel et civil de la société de Deir Ezzor et de la classe des personnes instruites, des universitaires et des intellectuelles. Dans leurs villes et villages, ces personnes appartiennent à leurs tribus à qui elles sont liées socialement avec certaines coutumes et traditions, et puis elles sont différentes dans beaucoup de circonstances mais pas très éloignées des valeurs tribales qui ont gagné en flexibilité au fil du temps, et devenues pragmatiques dans certains cas.

Conclusion Recommandations et Suggestions.

A partir des points abordés dans cette recherche sur la question tribale, on peut tirer plusieurs conclusions ayant une signification différente selon l’angle par lequel on adresse le sujet et la direction car la question tribale est un vaste sujet avec des dimensions sociopolitiques. Donc il ne suffit pas d’étudier la question sans avoir recours à des ressources en anthropologie. De plus, comme la recherche porte sur la situation tribale à Deir Ezzor qui se trouve à un moment critique à la croisée des chemins où les événements peuvent s’enflammer à tout moment, des dimensions nombreuses et des changements accélérés pourraient jeter le doute sur beaucoup de positions et des changements dans des rapports de force.

Selon l’écrivain Abdullah al-Ghadawi, le rôle tribal, en particulier à  l’est de l’Euphrate, est devenu un point focal dans les projets politiques et une opportunité historique pour les forces tribales du Jazeera syrien d’établir, en coopération avec la Coalition Internationale, un environnement pur exempt de pensées extrémistes. ²²

En examinant de près la réalité du tribalisme à Deir Ezzor, on peut facilement se rendre compte que ces structures communautaires sont issues du courant principal de la société syrienne et par conséquence ne peuvent pas être décrites comme réactionnaires ou progressistes. Mais au niveau théorique, elles peuvent être démantelées en essayant d’harmoniser les options de réforme et de stabilité de la région en soutenant des questions sensibles telles que les libertés et les démocraties avec des options tribales, car on ne peut pas les ignorer.

Donc le tribalisme existe mais il est ni rigide ni encadré. C’est une entité flexible qui peut être bien comme elle peut être autrement, et cette flexibilité peut être bénéfique pour ses membres par rapport à la stabilité économique et politique.
Il existe des modèles « progressistes » hostiles au tribalisme et aux idées « réactionnaires », mais ils se sont transformés en dictatures telles que le régime Baas avec ses parties syriennes et irakiennes. Il existe aussi des modèles tribaux « réactionnaires » qui ont réussi à établir des empires de société de protection sociale, comme les États du Golfe. Il ne s’agit pas ici de suivre des exemples mais plutôt de parvenir à une idée que la situation tribale est une structure sociétale différente de sa notion théorique, et que les rôles joués par les tribus sont différents de ce qu’ils étaient autrefois car ils se caractérisent désormais par beaucoup de souplesse et de pragmatisme.

Suggestions et Recommandations pour les Parties Prenantes et Différents Pouvoirs

-Les forces tribales ne sont pas établies récemment, donc malgré tous les changements qui ont eu lieu, elles représentent une véritable structure sociétale.

-Le tribalisme est aujourd’hui une réalité et toutes les forces et toutes les parties prenantes devraient y faire face dans la logique du respect et du principe des droits et des devoirs. De plus, il faudrait éliminer les aspects négatifs qui pourraient nuire à la sécurité des personnes ou compromettre leur stabilité, d’une manière qui ne contredit pas leurs droits fondamentaux.

-Les forces de contrôle doivent cesser de traiter les tribus et le tribalisme comme un moyen d’exécuter leurs propres agendas, et doivent essayer de travailler sur les préoccupations et les problèmes de cette société.

-Deir Ezzor est un réservoir économique qui est donc une cible pour de nombreux rivaux, qui ne doivent pas sauter par-dessus la masse humaine à qui appartient ces richesses.

-Travailler sur des projets de développement à Deir Ezzor, notamment la réhabilitation des infrastructures.

-Cesser  de traiter uniquement avec les anciens des tribus comme s’ils étaient les seuls représentants de la population de la région, et prêter attention aux membres compétents et civils des tribus afin de servir l’intérêt commun de tous les habitants de la région et répondre à leurs besoins fondamentaux, que ces acteurs peuvent aider à mieux les satisfaire.

-N’exploitez pas les tribus pour propager ou miner une secte religieuse ou un courant intellectuel et se concentrer plutôt sur la promotion de l’éducation, en particulier dans les zones où les infrastructures ont été détruites, en particulier dans le secteur de l’éducation.

Les pays voisins n’ont pas su gérer la question tribale et les mêmes erreurs ne devraient pas être repetées par le gouvernorat de Deir Ezzor et le nord-est de la Syrie. Au contraire cela devrait plutôt servir de leçon pour comprendre comment mieux gérer les composants de la société et les comprendre mieux éloigné des mentalités scolaires où on trouve beaucoup d’erreurs sur ces composants.

-Toutes les personnes qui vivent dans les zones touchées par un conflit ont des priorités fondamentales. Ils ont besoin de sécurité, de services de base et de moyens de subsistance, et ceux qui les aident à réaliser ces choses pourront obtenir l’appui de tous les habitants de la région à tous les égards.

Références du Texte.

1: Certaines opinions étaient fondées indirectement sur les paroles du Dr Hisham Dawood, chercheur en anthropologie sociale au Centre National Français de la recherche scientifique, dans une émission de télévision « Heure du Golfe » quand il a parlé du rôle des tribus et des clans dans le conflit dans la région du Golfe dans un dialogue avec le journaliste Iman Al Hammoud.

2: L’Encyclopédie des Tribus d’Irak -P1 -Abbas Al Azzawi, version électronique, Masaha Horra site espace libre, dans le site de «Service des Chercheurs», Dernière visite: 5/1/2020, p. 61-64.3

3: Le journal « Koweïtien » Al-Rai « Koweïtien », article intitulé: Il y a une grande différence entre tribu et tribalisme, Hosni Ayesh, date de publication: 3 janvier 2012, version électronique, dernière visite 6/1/2020.

4: Chi’a et Chiisme: l’évolution du terme et ses connotations, article, site publié, dernière visite le 10 janvier 2020.

Dans ce contexte, le chercheur marocain Muntaser Hamada a déclaré: L’échec a été le sort du projet « Exporter la révolution » pour voir l’implication collective de l’Iran dans le projet alternatif, intitulé « Exporter le Chiisme », qui a eu beaucoup de succès d’une manière qu’aucun des décideurs du monde arabe n’avait prévu).

5: Le dilemme arabe dans l’interaction avec les stratégies « d’exportation du chiisme », Montaser Hamada, extrait d’un dossier sur « Le chiisme dans le monde arabe

6: La carte illustrative de Google Maps.

7: Information publiée sur Wikipedia, mais on trouve aussi sur différents sites avec plus de détails, par exemple, sur le site web du BBC en arabe sous le titre « Apprendre à connaître Deir Ezzor »

8: Recensement général sur Deir Ezzor, sur différentes zones.

9: Article 15 de la Constitution du Parti socialiste Baas, à partir d’une vieille copie publiée par Ibrahim Obeid, dont il a dit qu’il a eu en sa possession depuis 1954

10: Pages sur l’histoire des partis politiques en Syrie au 20e siècle et leur atmosphère sociale, Abdullah Hanna, Centre arabe de recherche et d’études politiques, i1 2018, Doha, Qatar, p. 82.

11: La Lutte pour le Pouvoir en Syrie Le Sectarianism Le Régionalisme et le Tribalisme en Politiques Dr Nicholas Van Damme Bibliothèque Madbouli Caire Egypte il 1995 p 37

12: Les informations ont été recueillies auprès de sources tribales locales, par le biais de chercheurs sur le terrain, et les informations étaient vérifiées à partir de plusieurs sources comme par exemple une recherche intitulée « Tribesmen in Deir Ezzor » par Faisal Dahmoush, une célèbre publication de l’organisation « Justice for Life » .

Une autre recherche s’intitule « Deir Azzour Tribal Mapping Project », une recherche publiée en anglais par Nicholas A. Heras, Bassam Barbandi, Nidal Bitar et traduite par Marwan Zakaria, au Harmoon Center pour les Etudes  Contemporaines .

13: Les informations ont été recueillies auprès de sources locales par le biais de chercheurs sur le terrain et de différentes lectures, y compris celles que nous avons mentionnées dans la note de bas de page précédente.

14: Les informations ont été recueillies auprès de chercheurs sur le terrain qui ont obtenu ces informations auprès des habitants de la région.

 15: Un article intitulé « Daech et les Tribus de Deir Ezzor, Rébellion et Confinement » de Mohammed Hassan, sur le site Internet al-Jumhuriya, dernière visite le 5/2/2020

16: Une recherche intitulée « Tribesmen in Deir Ezzor » par Faisal Dahmoush al-Mashahoor, publiée à travers l’organisation « Justice pour la Vie »

17: « Le Défi de Deir Ezzor des FDS »  un article en anglais, Vladimir Van, traduit par Souz Hajj Younis, publié par le site Wilayati News

18:  « La Lutte Kurde-Arabe pour l’Influence dans le nord-est de la Syrie, » Elisabeth Tsurkov, Issam al-Hasan, Carnegie Center au Moyen-Orient

19 Recherche intitulée « Le Temps du Chiisme: les Faits et Statistiques sur le Chiisme en Syrie » par le professeur Khaled Sindawi, dernière visite le 5/2/2020

20: On peut trouver des informations plus détaillées dans la dernière recherche du Dr Al-Sindawi, à partir de laquelle trois épisodes ont été publiés.

21: « Une guerre américaine contre les cellules de l’Iran à Deir Ezzor », Abdullah Raja, article publié dans le journal « Emirati Al Bayan ».

22: « À propos de Deir Ezzor et le Rôle des Tribus »  un article d’opinion d’Abdullah al-Ghahawi, International Policy Center.

Vidéo du réseau DE24 https://twitter.com/DeirEzzor qui présente son étude:

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« La Situation Tribale à Deir Ezzor – sa réalité et son avenir » avec référence aux tribus Al Akidat et Al Bakara.

Vous pouvez cliquer sur le lien pour voir l’excellente vidéo qui résume les recherches effectuées sur les tribus de Deir Ezzor.

« Le principal pilier pour comprendre la situation tribale dans l’est de la Syrie dépend de la communication avec les membres compétents et influents des tribus, et non en répétant les mêmes erreurs traditionnelles qu’en Irak et dans d’autres pays. »

2: Cette étude est basée sur une tentative de comprendre la situation tribale dans l’environnement tribal et la société de Deir Ezzor.

3: Cette partie est sur Al-Akidat et Al Bakara les plus importantes tribus de la région.

4: L’étude parle de la réalité et de l’avenir des tribus à travers la compréhension de la situation tribale à Deir Ezzor.

5: Il met en évidence la relation entre les tribus et les diverses personnalités régionales, internationales et locales.

6 : À la fin, l’étude présente un ensemble de recommandations, notamment :
– les forces de contrôle doivent cesser de traiter les tribus et le tribalisme comme un moyen de mener à bien leurs agendas.
– travailler sur des projets de développement à Deir Ezzor grâce à la réhabilitation des infrastructures.
– cesser de traiter uniquement avec les anciens des tribus et prêter attention aux acteurs compétents et civils afin de servir l’intérêt commun de tous les habitants de la région.

Tous droits réservés au réseau Deir Ezzor 24 et à Sam Development © 2020.

 You may find the original article in English by clicking on the following link:

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The tribal situation in Deir Ezzor, its reality and future

 

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